La RFID est-elle le nouvel eldorado des logisticiens de la décennie ?
La RFID est-elle le nouvel eldorado des logisticiens de la décennie ?
Deuxième partie : la mise en œuvre , les limites d’un déploiement rapide de cette technologie et la démarche de réalisation d’un Business Case spécifique à la RFID...
La mise en oeuvre
La mise en oeuvre de la technologie RFID se réalise en cinq étapes majeures :
La première étape consiste à évaluer le potentiel économique de la technologie dans l’organisation via un Business Case. Cette période, d’une durée comprise entre un et trois mois, permet de définir les nouveaux process et d’en estimer le ROI.
La seconde étape, pouvant se mener en parallèle à la première, est dédiée à la familiarisation avec la RFID pour apprendre et capitaliser avec cette technologie et ses options.
La troisième étape de la mise en oeuvre vise à comprendre et évaluer les interactions entre le type de tag et son positionnement, le lecteur et les antennes. Cette période de plusieurs semaines (deux à huit semaines) permet de mesurer les performances “théoriques” de la technologie face aux produits tracés, d’établir les critères de sélection des matériels (tag, lecteur, encodeur, ....) par rapport à la cible et de planifier la réalisation du pilote. Ces tests permettent de prendre conscience de la problématique majeure de cette technologie : l’anticollision.
L’anticollision est un mécanisme algorithmique permettant au lecteur de communiquer simultanément avec plusieurs tags en supprimant les effets de perturbation de l’ensemble. Les résultats
actuels laissent espérer une lecture simultanée de 400 tags mais la disparité de performance est forte selon la composition des produits (fluide, métal, etc.) et l’environnement d’exécution. Le positionnement des tags et le design d’antennes des tags sont des déterminants essentiels dans cette problématique. Cette limite de lecture engendre des contraintes d’application sur les processus métier.
La quatrième étape est la mise en production du pilote (deux à six mois) visant à :
. valider la performance technologique en environnement réel sous contraintes opérationnelles,
. valider le process RFID,
. valider le business case et préciser le ROI,
effectuer le choix stratégique pour le déploiement du Core Model.
Les entreprises confient généralement cette réalisation à un intégrateur qui coordonne les opérateurs hardware (tags et lecteur) et les opérateurs software. Les opérateurs software fournissent l’infrastructure et assurent l’intégration de la technologie avec le système d’information en place. Les opérateurs hardware fournissent des tags et des lecteurs dont ils redessinent généralement les antennes pour assurer les meilleures performances, conditionnent le tag selon son environnement d’exécution et industrialisent le matériel (packaging). Le matériel existe depuis quelques années pour la fréquence 13,56 MHz mais commence seulement à s’industrialiser pour l’UHF (puce et lecteur compris).
La dernière étape de mise en oeuvre dépend du choix stratégique de la direction dans le déploiement du Core Model corrigé. Pour certaines directions, la RFID est intégrée dans le plan stratégique et constitue le moteur du développement du marché (industriels et distributeurs de l’EPC Global). Pour
d’autres, la position d’observateur apparaît plus adéquate face à une technologie peu mature. Voir figure 4 (pdf) : Exemple de mise en œuvre de la RFID dans un centre de distribution
Les limites d’un déploiement rapide de cette technologie en France
L’imposition de la RFID comme un standard international d’identification dans le monde de la supply chain, implique des pré-requis de standardisation au niveau mondial :
des protocoles de communication,
des normes de codification des informations,
des équipements d’encodage, de support de l’information, de lecture et d’interprétation.
C’est à ces conditions que les offres deviendront attractives, fiables, pérennes, partagées et donc économiquement viables pour le plus grand nombre. Notre propos ne se focalise pas sur les applications industrielles spécifiques en boucle fermée qui ont déjà largement prouvé leur rentabilité et leur valeur ajoutée. Nous nous intéressons plutôt aux conditions de généralisation de cette technologie et à sa banalisation au sein de communautés industrielles et commerciales, au même titre que le code à barres qui a progressivement envahi notre environnement.
Nous avons observé les points positifs suivant comme des facteurs importants de l’aboutissement de cet objectif :
la séparation de la vocation de recherche de L’auto ID Center et la création de L’EPC GLOBAL, organisme chargé de la divulgation et la promotion de cette technologie. C’est la reconnaissance des acteurs industriels, des distributeurs, des fournisseurs de solutions, des institutions et des chercheurs de la maturité technologique de la solution.
la promulgation de la part de l’EPC dès la fn 2003 de spécifications facilitant et généralisant ’adoption des standards reconnus elatif à la typologie des puces et aux normes e codifications (Fréquences standard 3.56 MHz et UHF ; des puces passives en ecture seule et d’une capacité de 96 bits) ; ces éléments sont des directions vers des investissements de solutions pérennes
car adoptées par l’ensemble des communautés reconnaissant la légitimité de l’EPC.
le rapprochement ou les groupes de travaux communs d’organismes de standardisation majeurs tels que UCC, EAN, ISO, EPC, Auto ID...
Néanmoins il convient, en France pour les applications logistiques, de composer avec quelques paramètres évolutifs :
la gamme de fréquences adoptée aux Etats Unis pour le suivi des flux logistiques des contenants est l’UHF alors que la fréquence 13.56MHzest plus favorable à l’identification des articles de par sa distance de lecture moindre.
Cependant :
la publication des normes ISO UHF prévue fin 2003 a été reportée,
cette fréquence réservée et utilisée par l’armée en France n’est pas libre de droit et lorsqu’elle est accordée en dérogation c’est pour des puissances et des temps de cycles qui confèrent des performances bien inférieures à celles de nos homologues d’autres pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Inde ou l’Afrique du sud... Des travaux sont en cours pour libérer ces fréquences dans le domaine public mais rien de concret n’aboutira avant début 2005.
les retours d’expérience dans l’hexagone sur des cas d’utilisations industrialisées de fréquences UHF en logistique reste confidentiels. Ce manque de partage d’expérience généralisé explique naturellement que l’offre d’équipements performants et intégrés n’est pas mature voire pour certaines applications de logistique opérationnelle très insuffisante. Il résulte que les offres de prix, comparativement aux solutions traditionnelles s’avèrent difficiles à rentabiliser au strict plan opérationnel. Concédons sur ce point que tous les possibles d’exploration, de créativité et de conception de nouveaux modes opératoires que nous ouvre cette technologie ne sont pas encore définitivement aboutis et brevetés.
même si certains acteurs se sont déjà spécialisés sur l’offre de solutions spécifiques dans les environnements réputés difficiles comme le métal ou le liquide, il faudra composer avec les lois de la physique pour définir des systèmes fiables, rapides et capable de traiter de grands volumes flux dans des périmètres géographiquement étendus et multi partenaires.
l’offre des solutions logicielles n’en est qu’à ses débuts. Qu’il s’agisse de l’intelligence de gestion nécessaire et contenue dans les middleware ‘SAVANT’pour assurer la coordination et le tri intelligent des lectures avant leur intégration dans le WMS ou l’ERP, mais également de la généralisation de l’hébergement et de l’accès aux gigantesques volumes de données de traçabilité de chaque objet, au sein des futures bases de données EPC. Le prix du tag ne constitue que la partie émergée de l’iceberg dans l’addition du budget total de l’implémentation d’un projet RFID, dès que l’on évoque cette technologie en mode collaboratif.
Un autre débat nécessaire sera celui du
prix de la sécurité et des limites des libertés individuelles. L’actuel code à barres, véritable identifiant de chaque article associé à une carte de fidélisation des commerçants et à nos cartes de paiement sont déjà des éléments banalisés de nos habitudes de consommation. La généralisation de la puce électronique permettra plus de précision dans la qualification de l’origine du produit et de son histoire, en temps réel à chaque moment de l’identification. Il est cependant probable qu’en terme de localisation la puce RFID, de part son rayon d’action limité, sera moins efficace qu’un téléphone cellulaire, surtout si on confère au tag, le libre choix de désactivation en sortie de caisse. Le débat de société mérite à cette occasion d’être relancé et notre éthique de consommation également bousculée. Finalement, de la carte d’identité électronique des produits et des animaux à celle des individus la frontière est assez mince. Enfin, une fois notre environnement envahi de puces électroniques et d’émetteurs d’ondes de lecture, qui sait prédire scientifiquement son incidence dans le domaine de la santé publique ?
La démarche de réalisation d’un Business Case spécifique à la RFID
La démarche de business case vise à valider la justification d’un projet, c’est un véritable outil de décision pour le management qui permet de formaliser :
les enjeux et les objectifs du projet,
la réalité de la création de valeur attendue par le projet,
la quantification des principales opportunités d’amélioration et l’identification des domaines prioritaires de mise en oeuvre,
la mesure du retour sur investissement escompté et de sa justification,
mettre en évidence les gains sur la contribution du projet, dans l’évolution du chiffre d’affaires de l’entreprise, la réduction des coûts d’exploitation ainsi que sa participation à l’optimisation des investissements,
la liste de tous les avantages qualitatifs non immédiatement chiffrables dans un ROI strictement financier,
la mesure des efforts de mise en oeuvre nécessaire à l’obtention du résultat,
et éventuellement un plan d’évolutions complémentaires séquencé dans le temps.
La particularité d’un projet RFID est qu’il s’énonce le plus souvent comme un projet technologique alors qu’il s’agit d’une démarche de processus global qui doit considérer le métier et les enjeux de la chaîne des flux de l’entreprise et de ses partenaires.
Véritable projet de traçabilité :
il touche un nombre important de domaines fonctionnels de l’entreprise : achat, approvisionnement, production, vente, distribution, transport, qualité, SAV...
Le périmètre géographique souvent large : celui de la supply chain,
un nombre d’acteurs représentatifs : fournisseurs, sous traitants, usines, entrepôts, prestataires logistiques, transporteurs, clients, utilisateurs....
il concerne donc un nombre de données impressionnantes à plusieurs niveaux du conditionnement logistique (unité, blister, carton, palette, conteneur, etc...) sur un historique de mouvements étendus,
il touche non seulement des éléments d’optimisation opérationnelle mais aussi des aspects de marketing, de protection de marques, de contrôle du réseau de distribution, de sécurité, de fiabilité et de propriété des données, de démarque inconnue, de sécurité du consommateur final, de plan de communication en cas de crise et doit prendre en considération des différences d’approche culturelle et les habitudes de consommation entre les pays.
Sa justification dépasse toujours le cadre de la logistique opérationnelle et demande une coopération de plusieurs départements de l’entreprise prêts à jouer le jeu d’une communication transparente et exhaustive.
Concluons sur l’idée que l’application de la technologie RFID ne s’impose pas comme un outil banal. Tant que sa généralisation ne sera adoptée en mode collaboratif par des secteurs d’activité entier, une démarche d’implémentation RFID constituera un projet d’entreprise isolé à ne pas considérer comme simple successeur, sans valeur ajoutée, comparativement à la technologie du code à barres dont les applications sont largement répandues et partagées.
Dossier de : Jean-Marie Le Bizec et Lionel Combes - Directeur Associé et Consultant chez ADELANTE
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Lionel COMBES Consultant, ADELANTE
Jean-Marie Le BIZEC Directeur associé, ADELANTE - Président du Council of Logistics Management, France
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