Accord commercial UE-Australie : le quota de bœuf importé multiplié par 10, les éleveurs français en colère

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Quelques mois après la signature controversée du traité avec le Mercosur, l’Union européenne vient de finaliser un vaste accord commercial avec l’Australie. Parmi les dispositions qui font grincer des dents en France : une multiplication par dix des quotas d’importation de bœuf australien et l’autorisation d’utiliser certaines appellations géographiques européennes.

Les détails de l’accord qui fâchent

L’accord prévoit l’importation de 150 000 tonnes de viande bovine australienne par an sur le marché européen, contre environ 15 000 tonnes actuellement. C’est un changement d’échelle considérable. L’Australie obtient par la même occasion des quotas élargis sur la viande ovine et le sucre.

Côté appellations, Bruxelles a accepté que l’Australie puisse continuer à utiliser des termes comme « feta style » ou « parmesan style » pour ses propres produits, à condition d’ajouter la mention du pays d’origine. Un compromis qui hérisse les producteurs européens attachés à la protection de leurs appellations d’origine.

La réaction des filières agricoles françaises

Sans surprise, la FNSEA et les syndicats d’éleveurs ont vivement réagi. Les arguments sont connus, mais ils n’en sont pas moins valides :

  • Le bœuf australien est produit dans des conditions réglementaires moins strictes qu’en Europe (usage d’hormones de croissance, normes environnementales différentes)
  • Les coûts de production en Australie sont nettement inférieurs, grâce à l’élevage extensif sur des surfaces gigantesques
  • L’arrivée massive de viande à bas prix risque de tirer les prix vers le bas pour les éleveurs français déjà fragilisés

Un éleveur charolais interrogé par France 3 résumait la situation avec amertume : « On nous demande de produire mieux, de respecter le bien-être animal, de réduire nos émissions. Et en face, on ouvre les vannes à de la viande qui ne respecte pas les mêmes règles. »

Pourquoi l’UE signe quand même

Du point de vue de Bruxelles, cet accord ne concerne pas que le bœuf. L’Australie ouvre son marché aux produits industriels européens, aux services financiers et aux technologies vertes. Les constructeurs automobiles allemands, les groupes pharmaceutiques et les entreprises de conseil y voient des débouchés considérables.

C’est d’ailleurs tout le problème de ces accords de libre-échange : ils créent des gagnants et des perdants au sein même de l’Union. L’industrie gagne, l’agriculture encaisse. Et c’est souvent la France, avec sa puissante filière agricole, qui se retrouve du côté des mécontents.

Quelles protections pour les producteurs français ?

Le gouvernement français a obtenu des « clauses de sauvegarde » permettant de limiter temporairement les importations si le marché est déstabilisé. Des aides à la transition et à la montée en gamme sont prévues pour les filières exposées.

La vraie question est de savoir si ces mesures suffiront. Après le Mercosur, après le CETA avec le Canada, et maintenant l’Australie, les éleveurs français ont le sentiment d’être sacrifiés sur l’autel du commerce international. Un sentiment que les prochaines élections ne manqueront pas de cristalliser.


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