France Travail intensifie la surveillance des chômeurs grâce à l’intelligence artificielle

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L’agence France Travail déploie de nouveaux outils d’intelligence artificielle pour surveiller de plus près les recherches d’emploi des demandeurs. Cette stratégie de contrôle automatisé soulève des questions sur la vie privée et l’efficacité réelle de ces dispositifs.

Un virage technologique qui ne passe pas inaperçu

Depuis quelques mois, France Travail accélère l’intégration d’algorithmes dans son processus de suivi des demandeurs d’emploi. L’objectif affiché ? Détecter automatiquement les profils qui ne respecteraient pas leurs obligations de recherche active. Mais est-ce vraiment la solution pour améliorer le retour à l’emploi ?

Les conseillers sur le terrain semblent partagés. Certains y voient un gain de temps pour se concentrer sur les cas complexes, d’autres redoutent une déshumanisation du service public. Ce qui est sûr, c’est que les demandeurs d’emploi vont sentir la pression monter.

Les systèmes mis en place analysent désormais une multitude de données : connexions à l’espace personnel, candidatures envoyées, réponses aux offres, participation aux ateliers. Chaque action, ou plutôt chaque inaction, peut déclencher une alerte.

Comment fonctionne cette surveillance automatisée

Des algorithmes qui scrutent votre activité

Les outils d’IA développés pour France Travail reposent sur des modèles prédictifs. Ces systèmes attribuent un score à chaque demandeur en fonction de son comportement numérique. Un profil inactif pendant plusieurs jours ? L’algorithme le signale. Trop peu de candidatures envoyées par rapport à votre catégorie ? Vous risquez un entretien de recadrage.

Le problème, c’est que ces algorithmes ne prennent pas en compte les situations personnelles. Une personne malade, un parent isolé gérant une urgence familiale, ou simplement quelqu’un traversant une période difficile psychologiquement : tous passent à la moulinette des statistiques.

Les données collectées et analysées

Voici ce que l’IA de France Travail surveille désormais :

  • Fréquence et durée de connexion à votre espace personnel
  • Nombre de candidatures envoyées par semaine
  • Taux de réponse aux sollicitations de l’agence
  • Participation aux formations et ateliers proposés
  • Mise à jour du CV et des compétences

Chaque point de données alimente un profil qui détermine si vous êtes un « bon » ou un « mauvais » demandeur d’emploi. Une notation qui peut avoir des conséquences directes sur vos allocations.

Les risques d’un contrôle algorithmique

La CNIL a déjà exprimé des réserves sur certains dispositifs similaires. Le problème central ? Les biais algorithmiques. Un système entraîné sur des données historiques reproduit souvent les inégalités existantes. Les personnes issues de certains quartiers, les seniors, ou les profils atypiques risquent d’être pénalisés sans raison objective.

Qu’arrive-t-il si l’algorithme se trompe ? Les procédures de recours restent floues. Contester une décision automatisée demande du temps, de l’énergie, et souvent des compétences techniques que tout le monde ne possède pas.

Un impact sur le moral des demandeurs

Au-delà des aspects techniques, cette surveillance constante crée un climat de méfiance. Chercher un emploi est déjà suffisamment stressant sans avoir à justifier chaque jour son activité devant une machine. Certains témoignent d’une pression psychologique accrue, transformant la recherche d’emploi en course aux clics et aux candidatures, parfois au détriment de la qualité.

J’ai discuté avec plusieurs demandeurs qui m’ont confié envoyer des candidatures « pour la forme », juste pour alimenter leurs statistiques. Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Un système qui encourage la quantité au détriment de la pertinence ?

Vers un équilibre entre technologie et humanité

L’intelligence artificielle peut apporter des bénéfices au service public de l’emploi. Elle peut identifier des offres pertinentes, suggérer des formations adaptées, ou même détecter des compétences transférables. Mais transformer ces outils en instruments de contrôle punitif pose question.

D’autres pays européens expérimentent des approches différentes. Les Pays-Bas ont dû revoir leur système après des scandales liés à la discrimination algorithmique. L’Allemagne privilégie un accompagnement personnalisé plutôt qu’une surveillance généralisée.

La vraie question reste : voulons-nous un système qui aide les gens à retrouver un emploi, ou un système qui les surveille en permanence ? La technologie devrait être au service de l’humain, pas l’inverse. France Travail ferait bien d’y réfléchir avant de pousser trop loin cette logique de contrôle automatisé.