Le gouvernement propose une négociation sociale sur l’IA dans la fonction publique

·

Le gouvernement français vient d’annoncer l’ouverture prochaine d’une négociation sociale dédiée à l’intelligence artificielle au sein de la fonction publique. Cette démarche, encore floue dans ses contours, vise à encadrer l’utilisation croissante des outils d’IA dans les services publics tout en rassurant les agents sur l’évolution de leurs métiers.

Une annonce dans un contexte d’inquiétude grandissante

L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans tous les secteurs, et la fonction publique n’y échappe pas. Les ministères, les collectivités territoriales et les hôpitaux commencent à déployer des solutions automatisées pour traiter les demandes, analyser des données ou même assister les décisions administratives. Mais cette transformation numérique soulève des questions légitimes chez les agents publics : vais-je perdre mon emploi ? Mon métier va-t-il être transformé au point de devenir méconnaissable ?

C’est dans ce climat que le gouvernement a décidé de lancer une négociation sociale. L’objectif affiché ? Associer les syndicats de la fonction publique à la réflexion sur l’intégration de l’IA dans les administrations. Une manière aussi de calmer les tensions avant qu’elles ne s’amplifient.

Que pourrait contenir cette négociation ?

Pour l’instant, les détails restent vagues. Mais plusieurs pistes se dessinent déjà :

  • La formation des agents : comment accompagner les fonctionnaires dans l’apprentissage de ces nouveaux outils et dans l’évolution de leurs missions ?
  • Les garanties d’emploi : quelles protections contre les suppressions de postes dues à l’automatisation ?
  • L’encadrement éthique : quelles règles pour éviter les dérives dans l’utilisation de l’IA, notamment sur les questions de surveillance ou de traitement des données personnelles ?
  • La gouvernance : qui décide de déployer tel ou tel système d’IA dans un service public ? Les agents doivent-ils être consultés ?

Ces thématiques ne sont pas anodines. Dans certains pays, l’introduction de l’IA dans les services publics a provoqué des scandales retentissants, comme aux Pays-Bas où un système automatisé de détection de fraudes sociales a injustement sanctionné des milliers de familles.

Des syndicats vigilants mais ouverts au dialogue

Les organisations syndicales de la fonction publique ont accueilli l’annonce avec un mélange de prudence et d’attente. Elles reconnaissent que l’IA peut apporter des gains de productivité et alléger certaines tâches répétitives. Mais elles insistent sur la nécessité d’un vrai dialogue, pas d’une simple opération de communication.

Plusieurs syndicats réclament déjà un droit de regard sur les expérimentations en cours dans les administrations. Ils veulent savoir quels outils sont testés, sur quelles bases de données ils fonctionnent, et surtout, quels impacts ils auront sur les conditions de travail des agents. Une transparence qui n’est pas toujours au rendez-vous.

Un exemple concret : les chatbots dans les préfectures

Dans plusieurs préfectures, des assistants virtuels ont été mis en place pour répondre aux questions des usagers. Sur le papier, l’idée semble bonne : désengorger les standards téléphoniques et permettre aux agents de se concentrer sur des dossiers complexes. Dans la pratique, certains agents se plaignent d’une perte de sens de leur travail et d’un contact humain qui s’effiloche.

L’IA dans la fonction publique, une opportunité ou une menace ?

Tout dépendra de la manière dont cette transformation sera menée. L’IA peut effectivement moderniser les services publics, améliorer leur efficacité et même réduire les inégalités d’accès. Mais elle peut aussi creuser les fractures numériques, déshumaniser la relation entre citoyens et administration, et précariser des milliers d’emplois.

La négociation sociale annoncée par le gouvernement pourrait être l’occasion de tracer un chemin équilibré. À condition qu’elle ne se limite pas à un simple exercice de style et qu’elle débouche sur des engagements concrets.

Et après ?

Le calendrier de cette négociation n’a pas encore été précisé. Reste à savoir si elle aboutira à un accord-cadre applicable à l’ensemble de la fonction publique ou si chaque ministère devra négocier ses propres règles. Une chose est sûre : les mois à venir seront décisifs pour l’avenir du travail dans les administrations françaises.